Master Of Puppets
Note : 19 / 20
Année : 1986
Deux ans après l'excellent Ride The Lightning Metallica nous sort un nouvel album, un album attendu au tournant. En effet, comment faire suite à Ride The Lightning sans décevoir ? C'est ce pari incroyable que Metallica a réussi avec Master of Puppets. Mais MoP n'est pas seulement le meilleur album du groupe, puisque s'il y a bien un album que l'on retrouve régulièrement en tête des classements hyper-subjectifs des meilleurs albums Metal, c'est bien Master of Puppets, et pour cause...
A l'instar de Ride, Master débute sur une intro acoustique particulièrement réussie. Le ton finit bien évidemment par monter avec l'arrivée de Lars, Cliff et de la distorsion. Dès leur arrivée on ressent une sorte de contrôle, de maîtrise d'une violence musicale parfaitement maîtrisée. Ce contrôle ne dure pas longtemps et James nous sort un de ses riffs monstrueux comme il est si bien habitué à en faire. Ca fuse de partout avant l'arrivée d'un des meilleurs break du groupe au milieu de la chanson, on retrouve là une nouvelle fois une puissance maîtrisée. Tout le monde se calme, la batterie apporte une dynamisme incroyable et le riff de Burton à la basse est parfait mais trop discret. Hammett vient ensuite placé le premier solo de MoP, et quel solo une fois encore. Et que dire de la fin d'une rare puissance, un rythme haché d'une lourdeur et d'une vitesse à vous bousiller les cervicales ! Battery parle de l'énergie dévastatrice, et rarement une chanson n'a aussi bien porté à son nom...
Blam... A peine a-t-on le temps de se remettre du déluge d'énergie de Battery que vient la chanson éponyme de l'album, chanson que beaucoup considère comme la plus grande réussite du groupe, et ce n'est pas pour rien étant donné le nombre de riffs tous plus hallucinants les uns que les autres. Il y a ces montées, ces refrains, ces paroles, ces soli, cette interlude... L'interlude de MoP... Sans doute l'une des meilleures choses faites par le groupe. Après un déluge de violence le groupe casse le rythme et nous pond une magnifique interlude mélodique de 30 secondes avec un solo de basse et un solo de guitare. A la fin de ce petit passage atypique Metallica nous démontre une fois encore son aptitude à contenir son énergie avec un passage en palm mute, très pesant, on sent le ton monter d'un cran encore. Vient ensuite le solo Thrash de Hammet, indéniablement réussi une fois encore et d'une technique à toute épreuve. Quelques mots sur les paroles tout de même, puisque celle de MoP figurent parmi les meilleures du groupe. Elles dénoncent la drogue, la perte de contrôle, la domination que peut avoir cette m*rde sur nos vies, le tout est bien sûr imagé et fait de façon subtile.
The Thing That Should Not Be est la chanson la plus Heavy de l'ère Thrash de Metallica. Du coup elle peut apparaître comme l'une des plus faibles de cette période. La chanson se base sur le roman Shadow Over Innsmouth de Lovecraft et est néanmoins assez bien faite, ni tout à fait ratée, ni tout à fait réussie, cette musique trouve sans doute autant de détracteurs que de fans, contrairement au reste des chansons qui doivent faire l'unanimité.
Comme sur RtL la quatrième piste est une 'power ballad'. Welcome Home (Sanitarium) s'inspire très fortement pour ses harmoniques de la chanson Rainbow Warrior du très méconnu Bleak House (le groupe n'a jamais sorti d'album). Sanitarium est pleine de passages variés, alternant guitare claire et grosse distorsion. La basse est omniprésente et fourni une excellente rythmique sur la guitare claire de Hetfield et les nombreux soli de Hammett. Le chant de James est ravageur et je défie quiconque de ne pas reprendre le refrain en coeur, un peu comme sur Battery ou MoP d'ailleurs. Comme dans toute 'power ballad' le rythme ne peut et ne doit pas rester lent, du coup les Four Horsement se lâchent sur des passages on ne peut plus rapide. A la fin on trouve le seul duel de guitare de Hammett et Hetfield, l'un mimant l'autre comme s'il était devant un miroir (pour reprendre l'explication du groupe).
Disposable Heroes est la première chanson véritablement engagée du groupe, dénonçant de façon générale la guerre, et ses paroles très fortes ont tout pour choquer. Le début est tonitruant et Ulrich démontre ici tout son talent de batteur avec là encore une violence contenue avec maestria. Après, des riffs inhumains se succèdent, d'une vitesse et d'une violence montrant toute la haine que l'on peut trouver sur un champ de bataille. Ah qu'elle était belle l'époque où les 'Horsemen' pouvaient nous pondre des rythmiques de cette trempe !
La mère de James Hetfield est morte à cause de son endoctrinement dans une secte, Leper Messiah est une chanson qui attaque de façon virulente ces sectes, et en particulier les télé évangélistes qui amassent des fortunes sur les gens les plus crédules. Très Heavy, cette chanson comporte néanmoins quelques passages Thrash. La basse est bien présente et apporte sans conteste une ambiance pesante au titre. Le pont précédant le solo renoue plus avec les premiers titres avec une cavalcade Thrash digne de The Four Horsemen ! A noter que Dave Mustaine (Megadeth), ex-guitariste du groupe, revendique l'écriture du riff principal, mais de là à savoir si c'est vrai...
On arrive presque à la fin du disque, et là on tombe sur une nouvelle instrumentale. Sachant à quel point la précédente était réussie on pouvait se demander si le groupe pouvait nous en sortir une autre du même acabit. Force est de constater que oui, Orion est la plus belle instrumentale écrite par le groupe, peut-être même leur meilleure musique. Le titre commence lentement en crescendo avant d'exploser littéralement, Hammett a le champ libre pour s'exprimer pleinement et nous offre de beaux soli interminables. En plein milieu on change complètement de rythme, passant du Heavy à du Jazz ! Cliff Burton était le membre du groupe qui avait le plus d'influences musicales et on sentait clairement quand il composait un morceau. Dans Orion on retrouve ainsi tout son talent de compositeur et il arrive à placer un solo de basse Jazzy absolument somptueux, léger, technique, mais trop court malheureusement ! Hammett et Hetfield viennent en effet vite rejoindre le bassiste avec leur guitare au chant de baleine (sic). C'est beau, aérien, envoûtant, magique... Après cette interlude de toute beauté on repart dans le lourd, et Hammett se lâche sur un solo encore ahurissant ! Les membres de Metallica montrent avec Orion leur capacité à changer de style, de tempo quand bon leur semble. Le mélange inattendu et surprenant fonctionne à merveille, les styles se rejoignent dans une grande harmonie, une véritable symbiose qui dure plus de huit minutes. Orion est la petite perle de ce CD culte. A savoir quand même, c'est cette musique là que Metallica a choisie pour les funérailles de Cliff, tragiquement décédé dans une accident de bus en Suède pendant la tournée de 1986.
Digne de Metal Militia ou de Fight Fire With Fire en terme de violence et vitesse, Damage Inc. clôt on ne peut mieux cet album mythique, refermant également la page Thrash des Four Horsemen. La chanson est véloce, les riffs rapides, les break sont énormes, le solo... Le solo... Une fois encore Hammett nous laisse bouche bée devant un torrent de notes impressionnant. La vitesse ne fait certes pas tout, mais quand c'est aussi bien fait, aussi bien construit, on en redemande. Damage Inc. est pleine de petites choses qui la rendent jouissive à souhait !
Master of Puppets est l'un des meilleurs CD Metal, difficile de ne pas être dithyrambique devant une telle oeuvre. Metallica a atteint une certaine forme de maturité avec ce disque. Les chansons sont construites avec subtilité, et maîtrisées de bout en bout. Les musiciens sont tous au sommet de leur art et MoP apparaît comme un disque d'une grande richesse, bourré de riffs et de breaks qui font la différence avec les autres groupes de l'époque ! Plein de musiciens de Thrash peuvent jouer aussi vite, sortir des soli du même niveau, mais peu sortent du lot autant que Metallica et son MoP !
Sur ce nouvel album, Metallica a également mis un point d'honneur à relier ses chansons à un rapport de domination nous conduisant à la mort comme le montre la pochette. Les mains de Dieu représentent la domination ; quant aux tombes, elles symbolisent les morts résultant de cette domination. La plupart des chansons se basent sur cette interaction. Master of Puppets n'est pas seulement un disque rempli de riffs tenant du génie, de soli démentiels... C'est aussi une oeuvre philosophique pleine de sens multiples, de dénonciations parfois imagées, parfois non. Ce petit plus ne fait que renforcer le fait que cet album soit une des plus belles réussites de l'histoire du Metal. Aussi culte que Machine Head (Deep Purple) ou Paranoid (Black Sabbath), Master of Puppets est un disque clairement incontournable !